Flux Et Reflux Des Émotions

Traduit de l’anglais par Théodora Fenaux

Quand on explore la nature de la personnalité, on constate une dynamique sous-jacente qui est parfois négligée. On pourrait la définir comme un rythme alternatif entre une extension émotionnelle et une contraction et elle semble jouer un rôle déterminant dans notre réaction à la vie.

Comment doit-on comprendre cette dynamique ? De la même manière que nous nous développons physiquement grâce à une oscillation entre des périodes d’effort et de repos, nous avons un pouls émotionnel, qui agit principalement au niveau du subconscient : un pouls qui cherche à établir un équilibre émotionnel confortable, avec un cycle de fort investissement suivi d’un retrait. Alors que nous intensifions notre capacité à nous impliquer émotionnellement, nous parvenons à croître, en avançant dans des zones inexplorées ; puis en assimilant nos nouvelles perceptions nous assimilons l’expérience. Quand ce rythme fonctionne sans entraves, nous vivons notre vie pleinement. Quand nos émotions se portent au service de personnes, de projets, de responsabilités et d’intérêts, nous pouvons croître, de la même manière que nous inspirons ; puis, après un fort niveau d’implication, nous avons besoin d’une période de retrait et de renouveau pour laisser le processus de reflux se consolider.

Notre société désire ardemment accéder à l’intimité de l’engagement, à la passion que nous retirons de nos relations et projets, mais trop souvent cette pulsation élémentaire qui signale le passage de l’extension à la contraction est ignorée. Les adolescents sont souvent cruellement inconscients que l’étreinte passionnelle de deux individus est difficilement entretenue par un attachement trop intense ; qu’il existe une marée émotionnelle sous-jacente qui peut déclencher la surprise chez ceux qui ne se méfient pas par ce mouvement de flux et reflux qui appelle un répit temporaire. Le directeur de projet, désireux d’inspirer son équipe, détecte des élans similaires qui semblent ensuite s’évaporer et perdre de leur éclat ; le couple, à l’abri du reste du monde pendant ses vacances paradisiaques, peut être dérouté par le rythme changeant de sa relation ; même la mère berçant son bébé peut être choquée de découvrir à quel point le lien intime des quelques minutes précédentes a laissé place à un ensemble d’émotions très différent.

Le bien-être réside dans le tempo régulier du détachement et du renouveau généreux.

L’extension et la contraction existent à tous les niveaux, en toute situation, que ce soit la valse des saisons, les habitudes sociales ou les fluctuations économiques. Le changement est la mesure sous-jacente, où le bien-être réside dans le tempo régulier du détachement et du renouveau généreux, obtenus à l’aide d’un rythme que nous ignorons à nos risques et périls. C’est, en apparence, au moment où nous dépassons les limites de notre aire de confort et que nous les forçons à céder, que nous faisons l’expérience de ce dont nous nous doutions mais ne savions pas en réalité. Puis, quand nous réunissons ces expériences, enrichies d’un nouveau point de vue et d’une conscience plus approfondie de notre potentiel, inconsciemment nous nous préparons au repli et au reflux, la moisson de nos efforts rapportée à la maison et soigneusement ruminée à l’abri du sentiment de sûreté provoqué par nos émotions familières.

Le rythme de l’extension et de la contraction est susceptible de varier en fonction de notre personnalité : il est plus lent et réfléchi si nous sommes d’un naturel introverti, et plus dynamique chez les personnes extraverties. Chez l’individu introverti, le rythme du procédé est plus facile à accepter car le déroulement du temps le lie progressivement à la vie intérieure. Pour l’individu extraverti le rythme peut être dissimulé derrière un agenda saturé par une ronde sans fin d’activités extérieures, jusqu’à ce qu’arrive le moment (parfois causé par la maladie, par des obstacles ou par une réévaluation forcée) où les courants émotionnels sous-jacents deviennent de plus en plus conscients et qu’il faut s’autoriser ces moments de repli et de reflux. Quelle que soit notre disposition innée, il est bon de céder finalement à cette dynamique et de savoir que les moments de reflux (des moments qui sont plus difficilement supportés par les lourdes demandes du lieu de travail ou par le besoin d’être émotionnellement présent dans les relations avec les autres) sont indispensables à notre bien-être affectif, tout comme le sommeil nous récupère des difficultés de la journée.

Le concept de l’extension et de la contraction touche de nombreuses aires d’activité ; on trouve des analogies partout. Il semble être bien installé et nécessaire au changement. Il n’est alors pas surprenant que son rôle tienne une place dans nos émotions et soit central à notre compréhension de l’évolution personnelle. En effet, ignorer l’existence de ce rythme serait comme être un athlète qui oublie le besoin de se reposer pour consolider son effort.

C’est un rythme qui en réalité nous prédispose mentalement et émotionnellement à grandir.

Bien trop souvent nous manquons de constater le pouvoir de ce mouvement sous-jacent, préférant nous considérer comme disponibles en permanence quelles que soient les circonstances ; jusqu’à ce que nous nous rendions compte qu’en cédant à ce processus nous gagnons bien plus à le suivre qu’à le négliger. Dans le monde moderne il est courant de dire que le « burn-out » est le prix à payer quand nous combinons une activité permanente avec le dédain de l’accumulation de stress qui en résulte ; le burn-out est également le résultat d’une attitude cavalière envers le processus d’extension et de contraction, qui autrement a le potentiel de maintenir l’équilibre même confronté au plus exigeant des emplois du temps professionnels. C’est un rythme qui en réalité nous prédispose mentalement et émotionnellement à grandir et nous procure un moyen tout prêt selon lequel évaluer la qualité de notre rapport au monde. C’est quand nous sommes le plus en accord avec ce rythme que nous fonctionnons le mieux, et cela faisant que nous pouvons répondre de la manière la plus efficace à la vie qui nous entoure. Pour nous comprendre nous-mêmes dans les situations les plus difficiles, une plus grande acceptation de nos tendances naturelles au flux et au reflux émotionnels pourrait nous apprendre beaucoup sur l’importance d’une approche équilibrée de la vie.

 

© 2009. Nick Halpin

Revised 2015